Flore et faune de Madère : espèces menacées ou protégées ? Tout ce que vous devez savoir.

Bonjour à tous les amoureux de la nature et futurs visiteurs de notre magnifique île !

En tant que guide, j'ai la chance d'explorer chaque jour les moindres recoins de Madère. Et si nos paysages et nos montagnes à couper le souffle font notre réputation, il y a un trésor encore plus secret que j'aimerais partager avec vous, notre faune et flore sauvage.

 

Notre grand secret, c'est la Laurisylve. Une forêt humide préhistorique, tout droit sortie de l'âge de glace, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Parce que notre île est restée isolée au milieu de l'océan Atlantique pendant des millions d'années, la nature y a créé son propre laboratoire. Au détour de nos sentiers, vous allez pouvoir croiser des créatures et des végétaux incroyables qui n'existent nulle part ailleurs sur Terre. Un spectacle unique au monde qui mérite toute votre attention

 

Mais attention, ce paradis est aujourd'hui un refuge en grand danger. Tous les jours je vois notre île changer, et je dois être honnête avec vous, le manque de conscience de certains visiteurs pèsent lourdement sur notre écosystème. Les déchets laissés sur les sentiers, le piétinement de la flore fragile et le dérangement des animaux accélèrent la perte de notre biodiversité.

 

Lors de nos prochaines sorties ensemble, vous comprendrez vite que nos espèces exclusives se battent chaque jour pour leur survie. Pour vous aider à devenir des voyageurs conscients et connectés à notre nature, je vous ai préparé mon classement personnel, du plus rare et menacé, caché dans nos réserves strictes, jusqu'à ceux que vous aurez la chance de croiser au détour d'un sentier

Mon Top 10 des animaux uniques et protégés à Madère

1. L'Araignée-loup des Desertas (Hogna ingens) - En danger critique

Ne frissonnez pas tout de suite ! Même si vous n'êtes pas fan des petites bêtes, cette araignée est un véritable trésor de l'évolution. C'est une espèce endémique et unique au monde et avec ses 12 centimètres d'envergure, c'est l'une des plus grandes araignées d'Europe. Rassurez-vous, vous ne la croiserez jamais dans votre chambre d'hôtel ni sur les sentiers de randonnée de l'île principale. Elle vit exclusivement sur l'île de Deserta Grande (l'une des îles désertes que l'on voit au loin depuis Funchal), et heureusement pour nous, elle ne sait pas nager hahaha Elle est au bord de l'extinction. Son principal ennemi n'est pas l'homme directement, mais une herbe invasive qui tapisse le sol et étouffe les fissures dans les rochers où elle se cache et chasse. Il reste moins de 5 000 adultes.

2.Phoque Moine (Monachus monachus) – En danger d'extinctionMonachus monachus) – En danger d’extinction

C'est tout simplement le mammifère marin le plus rare et le plus menacé de toute l'Europe. Si sa population globale est au bord du gouffre, notre archipel abrite l'une des très rares lueurs d'espoir au monde pour cette espèce. Pour survivre à l’activité humaine, ils ont oublié les côtes de l'île principale et ont trouvé refuge sur les plages de galets inaccessibles et dans les grottes maritimes les plus secrètes des îles Desertas À la fin des années 1980, l'espèce était condamnée chez nous, il ne restait plus que 6 à 8 individus cachés dans tout l'archipel. Heureusement, la création de la Réserve Naturelle stricte des îles Desertas a tout changé en interdisant l'accès aux bateaux non autorisés et à la pêche côtière. Grâce à cette paix retrouvée, la colonie a repris des forces, et commencent même à apparaître timidement dans certaines baies calmes de Madère, vous êtes chanceux si vous en trouvez une.

3. Le Pétrel de Madère (Pterodroma madeira) – En danger d'extinction

Surnommé la Freira da Madeira, cet oiseau de mer est un survivant de l'extrême. On l'a cru totalement éteint avant de redécouvrir quelques couples dans les années 1960. Sa particularité unique au monde ? Alors que c'est un oiseau marin, il niche uniquement tout en haut des montagnes centrales de l'île, dans les falaises abruptes cachées juste en dessous du Pico do Areeiro. C'est l'oiseau le plus rare d'Europe : il ne reste qu'environ 80 couples reproducteurs sur Terre. Pour se protéger, les pétrels ne viennent au nid que la nuit et creusent des terriers à même le sol. Cela les rend ultra-vulnérables aux prédateurs introduits par l'homme (les rats et les chats sauvages) qui s'attaquent aux poussins, ainsi qu'aux incendies de forêt qui peuvent ravager leurs colonies en quelques heures. En tant que guide, je vois défiler des milliers de marcheurs sur le sentier entre le Pico do Areeiro et le Pico Ruivo, et je dois vous alerter : le surtourisme pèse sur leur sanctuaire. Quitter les chemins balisés pour une photo détruit la végétation et provoque des éboulements qui écrasent leurs terriers. Quand vous randonnez sur nos sommets, restez sur les sentiers pavés. C’est un geste simple, mais c'est ce qui sauve l'espèce.

4. Le Citron de Madère (Gonepteryx maderensis) – Vulnérable

 Ce magnifique papillon est un véritable éclat de lumière au milieu de la végétation. Le mâle arbore une couleur jaune citron ultra-vive avec des reflets orangés flamboyants. Vous ne le trouverez nulle part ailleurs sur la planète : il vit exclusivement dans les zones les plus denses et humides de notre forêt de lauriers, la Laurisylve. Pourquoi est-il classé comme vulnérable ? Parce que sa vie entière dépend d'un seul arbre endémique, le Nerprun des Canaries. C'est uniquement sur ses feuilles que le papillon pond ses œufs et que ses chenilles se nourrissent. Le changement climatique, les sécheresses de plus en plus fréquentes et la réduction des zones humides menacent directement cet équilibre parfait. Si cet arbre recule, le papillon s'éteint.

5. La Pipistrelle de Madère (Pipistrellus maderensis) – Vulnérable

Cette petite chauve-souris endémique est un grand trésor : c'est le tout dernier mammifère terrestre purement originaire de notre archipel. Les rats, les souris ou les lapins que vous croisez aujourd'hui ont tous été amenés par les navires humains. Elle, en revanche, régnait déjà sur les cieux de Madère bien avant l'arrivée des premiers navigateurs portugais. Classée comme vulnérable, elle pèse à peine quelques grammes et passe ses journées cachée dans les fissures des falaises, les arbres creux ou les vieux bâtiments en pierre. À la tombée de la nuit, elle devient notre meilleure alliée en chassant des milliers de moustiques et de petits insectes au-dessus des forêts et des cours d'eau. Ses populations reculent à cause de l'utilisation des pesticides qui empoisonnent sa nourriture et de la rénovation moderne des bâtiments qui détruit ses cachettes.

6. Le Pigeon Trocaz (Columba trocaz) – Protégé

Cette petite chauve-souris endémique est un grand trésor : c'est le tout dernier mammifère terrestre purement originaire de notre archipel. Les rats, les souris ou les lapins que vous croisez aujourd'hui ont tous été amenés par les navires humains. Elle, en revanche, régnait déjà sur les cieux de Madère bien avant l'arrivée des premiers navigateurs portugais. Ce grand pigeon gris-violacé aux reflets argentés est le véritable roi de la forêt de lauriers. Ne le confondez surtout pas avec les pigeons de nos villes ! Le Pigeon Trocaz est une espèce unique au monde, farouche, qui ne vit que dans l'archipel de Madère. C'est le poumon vert de l'île : il se nourrit exclusivement des baies des lauriers endémiques et, en rejetant les graines plus loin, il replante naturellement la forêt. Sans lui, la Laurisylve ne pourrait pas se régénérer. S'il est aujourd'hui hors de danger, il revient de loin. Il a frôlé l'extinction à cause de la déforestation et de la chasse intensive par les agriculteurs qui le considéraient comme un nuisible pour leurs cultures. Heureusement, sa protection totale et stricte depuis plusieurs décennies a permis à sa population de reconquérir les forêts humides.

7. Le Roitelet de Madère (Regulus maderensis) – Protégé

Localement, tout le monde l'appelle le Bis-bis à cause de son petit cri aigu et discret. Ce minuscule oiseau de couleur vert olive, coiffé d’une crête jaune ou orange ultra-vive, est une espèce unique au monde. C'est une vraie pile électrique : il passe ses journées à sautiller frénétiquement de branche en branche dans les lauriers et les bruyères géantes pour débusquer de petits insectes. Heureusement pour lui, sa population est aujourd'hui stable et il est très commun. Mais sa petite taille le rend extrêmement dépendant de la qualité de la forêt. Le Bis-bis a besoin d'une végétation dense pour se cacher des prédateurs et pour construire son nid suspendu en forme de petite coupe.

8. Le Pinson de Madère (Fringilla coelebs maderensis) – Protégé

Ce pinson est une sous-espèce unique à Madère, bien plus colorée que son cousin du continent, avec un magnifique dos bleu-gris et une poitrine rose-orangé. C’est un oiseau extrêmement forestier, mais qui s'est habitué à l'homme au fil des siècles. Le problème ici n’est pas sa disparition, mais son comportement, qui est en train d'être totalement gâché par le tourisme de masse. Ce pinson est devenu tellement confiant qu'il vient se poser directement sur les mains. Mais c'est ici que je dois pousser un grand coup de gueule ! Je vois trop souvent des touristes donner des morceaux de pain, de gâteaux ou de biscuits aux pinsons pour faire une jolie photo sur Instagram, notamment sir la randonnée des Balcoes. C'est un poison pour eux ! Notre nourriture industrielle perturbe leur système digestif, les rend malades et, surtout, leur fait perdre l'habitude de chasser les insectes ou de chercher des graines saines. Pour leur bien, s'il vous plaît, admirez leurs couleurs, prenez vos photos, mais ne les nourrissez jamais. Gardons-les sauvages !

9. La Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea schmitzi) – Protégée

Appelée Lavandera par les locaux, cette jolie sous-espèce est unique à notre archipel. Vous la reconnaîtrez immédiatement à son ventre jaune vif, sa longue queue qu'elle agite frénétiquement de haut en bas, et sa silhouette élancée. C'est l'oiseau indissociable de nos paysages aquatiques : elle passe ses journées à courir le long des cascades, des rivières et des canaux d'irrigation (nos célèbres levadas) pour attraper des insectes au vol. Heureusement, sa population se porte très bien et reste stable. Tant que Madère aura de l'eau pure qui coule dans ses montagnes, la bergeronnette trouvera de quoi se nourrir. Elle s'est même tellement bien adaptée qu'elle niche parfois dans les murs de pierres de nos villages ou près des ports de l'île.

10. Le Lézard des murs de Madère (Teira dugesii) – Protégé

Lui, impossible de le rater : c'est la star absolue de l'île ! Appelé Lagartixa, ce petit reptile agile est le seul reptile natif de Madère. Il est absolument partout, des plages de galets brûlantes jusqu'aux plus hauts sommets à 1 800 mètres d'altitude. Sa population se compte en millions d'individus et se porte à merveille. Il adore bronzer sur les pierres chaudes et se nourrit d'insectes, de fleurs, mais aussi de fruits. Le lézard de Madère est d'une gourmandise incroyable et n'a peur de rien. Dès que vous vous posez pour un pique-nique, des dizaines de lézards vont accourir autour de vos chaussures pour gratter des miettes. Le problème avec le tourisme actuel, c'est qu'en leur donnant des restes de nourriture humaine (chips, sandwichs, restes sucrés), on modifie leur comportement naturel et on crée des concentrations anormales de lézards au même endroit. Profitez du spectacle de leurs acrobaties, mais s'il vous plaît, ne transformez pas nos sentiers en fast-food pour reptiles !

Mon Top 10 de plantes uniques et protégés à découvrir absolument

1. Le Sorbier de Madère (Sorbus maderensis) – En danger critique Nom madérien : Sorveira

Ne cherchez pas ce petit arbre dans les jardins publics de Funchal, ni ailleurs dans le monde entier ! Le Sorbier de Madère est l'un des arbres les plus rares et les plus menacés de la planète. Il ne pousse qu'à un seul endroit bien précis : accroché aux falaises rocheuses les plus hautes et les plus inaccessibles des sommets centraux de l'île, là où le vent souffle à décorner les bœufs. Cet arbre est un survivant de l'extrême. À cause des incendies à répétition et, historiquement, du pâturage intensif des chèvres sauvages qui adoraient grignoter ses jeunes pousses, sa population s'est effondrée. Il ne reste aujourd'hui que quelques dizaines d'individus adultes à l'état sauvage. Pour éviter sa disparition totale, les botanistes de l'île mènent un travail de titan en cultivant des jeunes plants en serre avant de les réintroduire, à la corde, sur les parois rocheuses.

2. L'Orchidée blanche de Madère (Goodyera macrophylla) – En danger critique Nom madérien : Orquídea-branca-da-Madeira

Celle-ci est une autre exclusivité totale de notre île! Contrairement aux orchidées colorées de nos salons, elle déploie une tige de petites fleurs d'un blanc pur et immaculé. Elle se cache uniquement dans les recoins les plus sombres, humides et intacts de la forêt profonde. Pourquoi est-elle au bord de l'extinction ? Parce qu'elle est d'une exigence absolue. Elle a besoin d'une humidité constante et d'un sol forestier parfait, non perturbé. Le recul de la forêt primaire, le piétinement et, malheureusement, le pillage par des collectionneurs peu scrupuleux ont réduit sa population à un niveau alarmant. Il ne reste aujourd'hui que quelques petites colonies isolées à travers l'île. Cette orchidée est ce que les scientifiques appellent une "espèce bio-indicatrice". Sa présence ou sa disparition traduit instantanément la santé de la forêt de lauriers (Laurisylve). Elle vit en symbiose microscopique avec des champignons du sol pour pouvoir germer. Si le sol est tassé ou pollué, le champignon meurt, et l'orchidée s'éteint. Protéger cette fleur, c'est veiller à la pureté absolue des sols et de l'air de notre écosystème forestier.

3. Le Géranium de Madère (Geranium maderense) – En danger critique Nom madérien : Gerânio-da-Madeira (ou Perna-de-galo)

Oubliez les petits géraniums timides sur les balcons de nos grands-mères ! À l'état sauvage, le Géranium de Madère est une plante spectaculaire qui peut atteindre plus d'un mètre de hauteur. Il forme un dôme parfait de feuilles géantes, couronné par des centaines de fleurs rose-violet ultra-lumineuses. C’est un spectacle unique au monde que l'on ne trouve que dans les zones ombragées et humides de la Laurisylve. Bien qu'il soit aujourd'hui cultivé dans les jardins du monde entier pour sa beauté, sa situation à l'état sauvage est dramatique. Victime de la destruction de son habitat naturel et étouffé par des plantes exotiques envahissantes introduites par l'homme, il a presque totalement disparu de son milieu d'origine. Rencontrer un vrai géranium sauvage au détour d'une levada est devenu une rareté absolue.

4. Le Jasmin de Madère (Jasminum azoricum) – En danger Nom madérien : Jasmim-da-Madeira

Si vous aimez les parfums délicats, celui-ci va vous faire tourner la tête ! Le Jasmin de Madère est une plante grimpante ligneuse unique à notre archipel. Contrairement aux jasmins classiques, il produit de magnifiques petites fleurs blanches en forme d'étoiles qui dégagent une odeur ultra-suave à la tombée de la nuit. À l'état sauvage, il adore grimper le long des falaises rocheuses et des pentes ensoleillées de la côte sud. Bien que très cultivé comme plante ornementale à travers le monde, il est paradoxalement classé en danger critique d'extinction à l'état sauvage dans son milieu naturel d'origine sur l'île de Madère. Le jasmin sauvage joue un rôle clé dans la stabilisation des sols côtiers. Ses racines robustes s'infiltrent dans les moindres fissures du basalte, agissant comme un filet naturel qui retient la roche et limite les éboulements lors des tempêtes hivernales. De plus, sa floraison nocturne est essentielle pour la survie des papillons de nuit et des chauves-souris de l'île (comme la Pipistrelle), qui dépendent de ces insectes pour se nourrir. Sauver ce jasmin, c'est littéralement empêcher nos falaises de s'effondrer.

5. Le Chou de Madère (Crambe fruticosa) – Vulnérable Nom madérien : Couve-da-rocha (littéralement "le chou de roche")

Oubliez tout de suite l'image du chou qui pousse sagement dans le potager du grand-père ! Le Chou de Madère est un arbuste vigoureux qui peut atteindre deux mètres de haut. Il possède de grandes feuilles vertes et dentelées et, au printemps, il se couvre d'un immense nuage de petites fleurs blanches très légères. Cette plante aime le sel, le soleil et le vide : elle pousse exclusivement sur les falaises maritimes et les rochers escarpés de basse altitude (en dessous de 300 mètres), là où les embruns de l'océan viennent frapper la côte. Pour l'observer à l'état sauvage, il faut scruter les pentes semi-arides de la Ponta de São Lourenço, les parois vertigineuses de Cabo Girão, ou encore les falaises de la côte sud-ouest, entre Ponta do Sol et Calheta. Cette plante est un maillon essentiel de l'écosystème côtier. En poussant sur les parois verticales les plus arides et friables, elle crée des micro-zones d'ombre et retient l'humidité sur la roche nue. Cela permet à d'autres petites plantes rases et à des mousses de s'installer à leur tour. C’est ce qu'on appelle une espèce pionnière.

6. La Vipérine de Madère (Echium candicans) – Protégée. Nom madérien : Orgulho-da-Madeira ou plus connu sous le nom de Massaroco

La Vipérine de Madère est un arbuste spectaculaire qui produit d'immenses grands épis de fleurs d'un bleu-violet intense, presque électrique. Elle pousse à l'état sauvage sur les pentes rocheuses et le long des routes de montagne, entre 800 et 1 400 mètres d'altitude. Quand elle fleurit en masse au printemps, elle colore des pans entiers de montagnes. Grâce à sa popularité et à sa réintroduction massive sur les talus par les parcs naturels, sa population est aujourd'hui stable et hors de danger. Cependant, elle reste sous surveillance étroite car elle est très sensible aux incendies de forêt qui peuvent ravager ses colonies sauvages en quelques heures. C'est le grand restaurant de l'île ! Ses milliers de petites fleurs bleues fabriquent une quantité énorme de nectar. Au début du printemps, elle devient la nourriture principale des abeilles de Madère et de nombreux papillons locaux. Sans elle, les insectes n'auraient pas assez d'énergie pour polliniser les autres plantes de la montagne.

7. Le Muguet en arbre de Madère (Clethra arborea) – Protégé Nom madérien : Folhado

Ne vous laissez pas piéger par son nom, ce n'est pas une petite fleur de sous-bois, mais un véritable arbre qui peut mesurer jusqu'à 8 ou 10 mètres de haut ! Le Folhado est l'une des plus belles essences de notre forêt. C'est un arbuste que l'on trouve en Macaronésie où il est endémique sur Madère. C'est un arbuste au feuillage persistant pouvant atteindre jusqu'à 6 m de haut. Les fleurs sont petites et blanches, en forme de clochettes similaires à celles du muguet. Elles sont rassemblées en inflorescences que l'on trouve à l'extrémité des branches, et elles apparaissent au début et au milieu de l'été. La plante est toxique pour l'Homme

8- La Musschia isambertoi – En danger critique

C'est l'histoire d'un miracle botanique moderne. Découverte seulement en 2007 sur l'île voisine et déserte de Deserta Grande, cette plante est l'une des plus rares au monde. Elle ne pousse que sur une seule falaise volcanique totalement inaccessible. Elle a été nommée en hommage à Mário Isamberto, un agent forestier et gardien de la nature du Parc Naturel de Madère. Une évolution sauvée du dôme des chèvres : Cette plante a bien failli disparaître avant même qu'on ne la connaisse. Les chèvres sauvages laissées autrefois sur l'îlot ont tout mangé, et la plante n'a survécu que suspendue au-dessus du vide. Elle a évolué en créant une alliance unique avec les lézards des Desertas : ce sont eux qui grimpent sur ses fleurs vertes pour boire le nectar et transporter le pollen !

9- Le Til (Ocotea foetens) – Protégé Nom madérien : Til

C’est le patriarche, le colosse de notre forêt. Le Til est un arbre immense qui peut vivre plusieurs siècles et atteindre 40 mètres de haut. Ses feuilles sont d'un vert très sombre et ses troncs anciens se creusent de cavités mystiques. Quand on coupe son bois, il dégage une odeur forte et particulière, d'où son nom scientifique (foetens). Les vieux Tils (comme ceux de la forêt de Fanal) ont des écorces recouvertes de mousses très fragiles qui mettent des décennies à pousser. Ne grimpez jamais sur leurs branches et ne gravez rien sur leurs troncs pour une photo. Respectez ces géants comme des monuments historiques

10- Le Laurier des Canaries (Laurus novocanariensis) – Protégé Nom madérien : Loureiro

C’est l'arbre le plus commun et le plus important de notre forêt humide. Il peut pousser sous forme de grand buisson ou devenir un bel arbre de 15 mètres de haut. Ses feuilles vertes et brillantes dégagent une odeur aromatique magnifique et fraîche, surtout après la pluie (c'est d'ailleurs un cousin du laurier-sauce qu'on utilise en cuisine). Cet arbre est un exemple incroyable d'adaptation au climat des îles de la Macaronésie. Ses feuilles sont de parfaits "capteurs de brouillard". Quand les nuages poussés par les vents alizés traversent les montagnes de Madère, les feuilles du Loureiro attrapent l'humidité invisible de la brume. Les petites gouttes se forment sur son feuillage, s'accumulent et tombent au sol. C’est la fameuse "pluie horizontale" : cet arbre crée sa propre pluie et remplit les nappes phréatiques de l'île ! Parce qu'il y en a beaucoup, les randonneurs pensent souvent que cet arbre ne craint rien. C'est faux. Le Loureiro a une écorce tendre et ses jeunes pousses au sol sont très fragiles. En marchant hors des sentiers pour s'enfoncer sous la canopée, les marcheurs écrasent les bébés lauriers et tassent la terre, ce qui empêche ses racines de respirer. Pour que la forêt continue de fabriquer notre eau, restez strictement sur les chemins balisés.

Petit bonus

La Fougère de Madère (Polystichum maderense) – En danger critique d'extinction Nom madérien : Feto-de-Madeira

Madère est le paradis des fougères, mais celle-ci est notre joyau le plus secret. Cette fougère est le témoin vivant d'un lointain passé. Ses ancêtres couvraient le bassin méditerranéen il y a des millions d'années. Quand les grandes glaciations ont tout détruit sur le continent, Madère a joué le rôle de "serre protectrice". Isolée dans notre forêt, elle a évolué pour devenir une espèce unique, totalement adaptée à l'humidité constante et à la fraîcheur de nos ombrages. C'est un fossile vivant qui n'a pas bougé depuis la préhistoire. C'est l'une des plantes les plus menacées de l'île. Sa population sauvage est minuscule et fragile. Son plus grand ennemi, c'est le changement climatique qui assèche ses vallées ombragées, et le passage des randonneurs. Ses frondes sont fines comme du papier et se brisent au moindre contact. Si vous apercevez sa silhouette au détour d'une levada très humide, ne tendez jamais la main pour la toucher. Restez sur le chemin balisé, piétiner le sol autour d'elle pourrait détruire le tapis de mousse vital qui protège ses racines.

Le Madre-Louro (Laurobasidium lauri) Nom madérien : Madre-de-louro

Ce n'est pas une plante, mais un champignon unique qui a une particularité absolue : il pousse exclusivement sur le Laurier des Canaries (Laurus novocanariensis), l'arbre roi de notre forêt. Vous ne le trouverez jamais sur aucun autre arbre de l'île ! Il crée de grandes excroissances brunes et veloutées qui pendent aux branches et ressemblent à de drôles de sculptures naturelles. Ce champignon est un spécialiste extrême. Au fil des millions d'années, il s'est programmé pour vivre uniquement avec ce laurier spécifique. Il profite de la sève de l'arbre et du brouillard de la Laurisylve pour grandir, sans jamais tuer son hôte. C'est un duo unique au monde. Ces formes suspendues sont très fragiles et se détachent facilement. Si vous en voyez une le long d'une levada, ne tirez pas dessus et ne la touchez pas. Laissez ce couple naturel vivre en paix dans l'humidité de la forêt.

Évidemment, cette sélection n'est qu'un aperçu. Il existe des centaines d'autres espèces de faune et de flore fascinantes à Madère, et chacune d'elles joue un rôle essentiel dans notre équilibre. Si j'ai choisi de mettre en avant ces espèces-là en particulier, c'est parce que de mon point de vue personnel et d'après ce que je constate chaque jour sur le terrain, ce sont elles qui méritent une attention et une protection urgentes. Nous aurons l'occasion de parler de toutes les autres dans un prochain article, car il y a encore tant de secrets à partager sur notre nature. Mais pour l'instant, il y a une urgence dont il faut absolument prendre conscience.

Quand on voit des touristes s'agglutiner au mirador des Balcões pour nourrir les pinsons sauvages avec des miettes de gâteau industrielles juste pour faire un selfie "Disney", ce n'est pas de l'amour de la nature, c'est de l'inconscience. Ces oiseaux s'habituent à la mendicité, tombent malades à cause du sucre et arrêtent de jouer leur rôle crucial dans la pollinisation de la forêt. Idem pour ceux qui sortent des sentiers balisés dans la Laurisylve pour écraser des plantes endémiques rares. Ce manque de respect doit cesser. Notre faune et notre flore ne sont pas là pour décorer vos réseaux sociaux.

Mais si vous lisez ces lignes et que vous avez envie de voir le vrai Madère, alors vous êtes les bienvenus, lors de nos excursion nous nous efforçons au maximum pour vous partager toutes nos connaissances a propos de notre écosystème.

S'intéresser à notre écosystème, ce n'est pas consommer des paysages, c'est apprendre à les écouter. Notre île a des histoires incroyables à raconter à ceux qui prennent le temps et qui avancent sur nos sentiers avec respect.

Voyagez l'esprit ouvert, préservez ce que vous venez admirer, et c'est ainsi que vous repartirez d'ici avec un peu de l'âme de Madère en vous.

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